La forme de Võ de notre Ecole est originaire du nord du Viêt Nam, où la langue parlée
couramment est le viêtnamien.
Pourtant les noms de nos techniques ne sont pas en
viêtnamien, mais en sino-vientamien.
Durant toute l'histoire du Viêt Nam, les contacts avec la Chine ont été constants et
délicats.
Ces deux pays se sont régulièrement affrontés, la politique
d'expansion de l'empire chinois ayant conduit à la domination du Viêt Nam pendant
plusieurs périodes, dont une de près de mille ans.
Les Viêtnamiens ont su résister en préservant leur identité et leur culture
spécifique, mais ils ont aussi su tirer profit de certains aspects de la culture
chinoise, en particulier dans les domaines de l'administration, de l'art (musique,
littérature, théâtre, peinture, sculpture), de la médecine et des arts martiaux.
L'écriture chinoise en idéogrammes s'est imposée durant les périodes de
domination chinoise, et les lettrés vietnamiens en usaient couramment pour la
rédaction d'œuvres littéraires et de traités de médecine, de stratégie militaire ou
d'arts martiaux.
De plus, la connaissance du chinois était indispensable pour
ces lettrés, que ce soit pour la diplomatie ou leur culture générale.
La langue
chinoise dont il est question ici est l'ancienne langue des lettrés, qui, grandement
influencée à l'oral par la prononciation viêtnamienne, est devenue ce qu'on appelle
du "sino-viêtnamien".
La syntaxe du chinois, que respecte celle du
sino-viêtnamien, est différente de celle du viêtnamien, mais les deux langues ont en
commun quelques aspects liés à la prononciation et à l'usage des tons, ceux-ci
permettant de différencier les mots (qui ne font qu'une syllabe).
Ainsi, au fil
des siècles, le contact entre ces deux cultures a favorisé l'intrusion de beaucoup
d'expressions d'origine chinoise dans la langue viêtnamienne, surtout dans le
domaine culturel.
En Asie, les arts martiaux font partie de ce domaine
culturel, et sont d'ailleurs fréquemment associés à la médecine, au sens le plus
large du terme. Les anciens traités de Võ ont été rédigés en chinois, et les noms
originaux des techniques des différents grands styles viêtnamiens (Võ Bac Ninh, Võ
Tây SÖn, Võ Bình ñÎnh, Võ Lâm SÖn...) sont presque tous exprimés en sino-viêtnamien.
Tous ces noms sont quasiment identiques, mais les mouvements décrits par ces
expressions peuvent être différents, chaque école jugeant des termes correspondant
le mieux à ses techniques. Ainsi, l'expression sino-viêtnamienne Tao Phong Cuoc ("Le
Pied du Vent qui Balaie") désigne dans notre Ecole un coup de pied droit ou
"triangle" (qui peut servir à frapper ou à balayer un membre devant ou sur le côté),
mais d'autres écoles viêtnamiennes appliquent ce même nom à un coup de pied
circulaire.
Notre mouvement Song Long Xuat Hai ("Deux Dragons Jaillissent de la
Mer"), dont le nom est aussi en sino-vietnamien, correspond à un mouvement de double
coup de paume. En revanche, dans d'autres écoles viêtnamiennes ou chinoise, cette
phrase désigne parfois un double piqué aux yeux. Par ailleurs, dans un vieux traité
sur l'ancienne Boxe de Shao Lin du Sud (qui n'est pratiquement plus pratiquée sous
ce nom de nos jours), "Deux Dragons Jaillissent de la Mer" correspond aussi à un
double coup de paume.
L'écriture contemporaine viêtnamienne, qui utilise
l'alphabet latin associé à des accents et marques spécifiques (indispensables à la
compréhension du sens des mots), permet aussi la transcription des termes
sino-viêtnamiens. Ainsi, sans forcément connaître les idéogrammes chinois, nous
pouvons avoir accès à ces anciennes expressions sino-viêtnamiennes, ce qui permet de
perpétuer la tradition littéraire et culturelle de l'Ecole.